Antériorité Cultuelle des paroisses de Gémens et d’ Estrablin

article de Bernard Torgue_publié dans Estrabl’infos N°8_janvier 2023

Les organisations monastiques succèdent aux Romains dans l’administration des territoires. Estrablin ne fait pas exception au contraire !

Après les romains installés à Gémens et à la «  Villaé (1) Belna » (Chez Ballet), au Moyen Âge, le clergé administre le territoire en le partageant en paroisses:

> celle d’Estrablin dépend de mandement de Beauvoir-de-Marc,

> celle de Gémens de Pinet.

Ce n’est qu’en 1650 que la paroisse de Gémens et intégrée à celle d’Estrablin. Estrablin est alors « la terre nourricière de Vienne ». Le clergé et, en particulier l’abbaye royale de Saint-André-le-Haut, quelques « notables », font exploiter les domaines qui sont à l’origine des noms de bon nombre de hameaux, noms que nous utilisons encore : Les Dames, chez Ballet, La Baisse (L’Abbaye), La Coupe… La consultation du cadastre napoléonien, terminé en 1824, précieusement conservé en Mairie, permet de retrouver l’organisation de cette « terre nourricière » et les implantations des domaines existant à l’époque. Ce n’est qu’après la révolution de 1789 qu’apparaît l’organisation du territoire sous forme de communes à la tête desquelles est placé un maire entouré d’un conseil. Nous avons évoqué dans le bulletin Estrabl’INFOS n° 6 , les multiples activités qu’a connu Gémens : les aqueducs romains qui alimentaient Vienne conduisaient 100 000 m3 par jour !, les battoirs à chanvre, les forges d’épées, le papier… Nous vous proposons un autre aperçu de Gémens en évoquant la paroisse de Gémens : ses églises, son cimetière, la résidence des soeurs.

LA PAROISSE DE GÉMENS : LES ÉGLISES, L’ANCIEN CIMETIÈRE, LE CHÂTEAU, UN TEMPS RÉSIDENCE DES SOEURS DE SAINTE-FOY

La paroisse de Germens comptait deux églises :

> La Chapelle de la Villa (1) Caprésia (aujourd’hui Chez Carpe).

> L’église de Saint-Martin-de-Germens (Plan de Germens).

LA CHAPELLE DE LA VILLA CAPRÉSIA – « CHEZ CARPE »

Une chapelle à la Carpe ? A  défaut de vestiges, comment connaît-on l’existence de la chapelle de la Caprésia ? C’est encore l’abbé Cavard qui en fait mention. Il nous révèle une querelle entre les églises de Saint-Pierre d’ Estrablin (située à l’entrée du cimeti.re actuel) et Saint-Martin-de-Germens (développement qui suit). On peut s’amuser de cette querelle si on se rappelle que Saint-Pierre comme Saint-Martin-de-Gémens relevaient toutes deux de Saint-André-le-Bas. Cavard nous ironise en nous indiquant que, lorsque l’abbé de Saint-Pierre (paroisse d’ Estrablin) donna la villa Caprésia à l’hospice des pauvres de Vienne, les moines de Saint-André contestèrent ce don et, en compensation, réclamèrent la dîme. Le différend fut réglé sous l’abbé Gérard, dans les dernières années de l’épiscopat de Léger. Léger étant décédé en 1070, nous pouvons donc situer cette querelle au milieu du Xlème siècle. L’accord prévoyait que la chapelle de la villa Cabriséa serait soumise à l’ église mère de Saint-Martin-de-Germens.

Que reste-t-il de la Chapelle de la Villa Cabriséa – « Chez Carpe » ?

Bien des ouvrages parlent de la chapelle de la Villa Cabriséa, appelée successivement : Kaprésia, Caprésia, puis chez Carpe, pourtant, déjà en 1883, J. Mayoud n’en situe pas l’emplacement. En visite sur place, grâce aux explications de Christiane et Jean Combe, on peut en effet, dans un secteur bien localisé, s’étonner d’une accumulation anormale de pierres. Les occupantes de « Chez Carpe » en déduisent que ces pierres pourraient être les ruines de la chapelle. Les investigations encore en cours permettront-elles de connaître la date de l’un des derniers baptêmes ?

Une belle balade à faire : marcher sur la voie romaine

Si, à pied, à VTT, passant « chez Carpe », vous ne voyez pas la chapelle, vous ne trouvez pas un grand vase d’argile contenant plus de mille pièces d’or », en revanche, vous découvrirez de ce plateau les vallées creusées par nos trois rivières : La Suze, La Vesonne et la Gère. Vous pourrez emprunter l’ancienne voie romaine de Vienne à Beaurepaire qui passait « Chez Meunier »

L’ÉGLISE DE SAINT-MARTIN-DE-GÉMENS, une église à Gémens ?

S’il ne reste rien de la Chapelle de la villa Caprésia, les ruines de l’ église Saint-Martin-de- Germens, ne sont guère plus probantes. Comme le montre la photo, Saint-Martin-de-Gémens n’est plus, aujourd’hui, qu’un amoncellement de pierres recouvert de broussailles. Sans avoir été guidé par Jean Vincendon, rien ne permet aujourd’hui de voir, dans cet amas de pierres, les restes de l’ église, pourtant importante, de Saint-Martin-de-Germens

UNE SURPRENANTE RÉVÉLATION !

Comment, après bien des siècles, savons-nous qu’une épitaphe était gravée sous l’autel de l’église de Gémens, et avec précision ce qui y était écrit ? Le livre de A. Aimer et A. de Terrebasse ( Inscriptions antiques et du Moyen Âge en 1876) , donne des détails d’une précision surprenante. C’est ainsi que, 2000 ans après, on sait que la pierre de l’autel était gravée d’une épitaphe romaine : « Dis Manibus  ET Memoriam EAternae Caii TERENTIVS Caiii  Filii  VOltinia tribu VITORIS LLVIRi AERii  PORc a TVTELA HERes  AMICOoptim » qu’il traduit par : « aux dieux mânes » et à la mémoire éternelle de Caius Terentius Viator, fils de Caius (Terentius) de la tribu Voltinia; et Porcia Tutela, héritière, à son excellent ami » .Selon Charvet, cette pierre de réemploi était « encastrée à contresens dans l’autel de l’ église de Germens ». De cette position, à contresens, de l’inscription latine, on peut en déduire que cette pierre n’avait pas, initialement, vocation à devenir l’autel de l’église Saint-Martin- de-Germens et qu’elle ne s’y trouvait que pour avoir été récupérée sur le tombeau de Caius Terentius et réemployée.

NB : L’appartenance de Caius Terentius Viator à la « tribu Voltinia » n’est pas une surprise. En effet, Voltinia est l’une des trente-et-une tribus de la Rome antique et la seconde tribu rustique créée. Voltinia est un signe d’identité municipale pour Vienne.

QUI A DÉTRUIT L’ÉGLISE DE SAINT-MARTIN-DE-GÉMENS ? Certes, on a perdu la trace de cette pierre, mais nous apprenons du même Charvet que l’église a été incendiée par les calvinistes en 1562, et que le feu a fait éclater la pierre de l’autel en plusieurs endroits.

SAINT-MARTIN-DE-GEMENS, « AUX PREMIERES LOGES » DES GUERRES DE RELIGION (2) L’église de Saint-Martin-de-Gémens a été détruite par les protestants, à la tête desquels se trouvait : notre compatriote Jacques Gabet et le tristement célèbre Baron des Adrets. Jacques Gabet, protestant calviniste trés engagé, habitait à quelques pas, la grosse bâtisse que nous appelons aujourd’hui « La Gabetière ». Il fut très tôt, très impliqué dans ces luttes sans merci : « Les Guerres de Religion » ou, au nom d’un même « Dieu de miséricorde », catholiques et protestants se sont livrés aux pires atrocités. On sait que J. Gabet, après avoir pris une part active dans la conspiration d’Amboise, en janvier 1562, a participé, avec le Baron des Adrets, au siège de Vienne. J. Gabet laissa le baron piller la ville de Vienne et ses églises parmi lesquelles, selon Charvet : Saint-Martin-de-Germens qui fut brûlée par les protestants en 1562 (au début des guerresde religion). J. Gabet sera abattu en 1573 par les soldats catholiques de Vienne, d’un coup d’arquebusade (Les Jocteur-Montrozier et Dauphin.).

UN CIMETIÈRE A GEMENS ?

Le petit cimetière de Gémens était situé entre l’ église de Saint-Martin-de-Gémens et l’actuel mur d’enclos du parc du château de Gémens. Selon certains travaux, « les inhumations y seront faites jusqu’en 1787 ». Personnellement, je pense que des inhumations ont encore eu lieu un peu après. En effet, mon quadrisaïeul, Ennemond BRUYèRE, qui fut maire d’ Estrablin du 1er fructidor de l’an VIII au 3 sept. 1815, décédé en avril 1877, fut d’abord inhumé à Gémens avant d’être transporté dans l’actuel cimetière. A Gémens ne recherchez pas les traces d’une quelconque sépulture, l’ancien cimetière a, aujourd’hui, laissé place à un pré. Nos contemporains, habitants du Plan, n’ont jamais vu les tombes. En revanche, ils se souviennent que, de temps à autre, à l’occasion d’un labour, des ossements apparaissaient dans ce petit périmètre

LE CHÂTEAU DE GÉMENS (un temps occupé par les soeurs de Sainte-Foy)

Si le Château de Gémens reste aujourd’hui une des belles demeures d’Estrablin, il était encore plus impressionnant avant l’incendie de 1904 (Carte postale – médiathèque Vienne). Construit en 1860 par A. Bonnefoux, papetier, il fut ensuite la résidence de la famille Tremeau (Stéarinerie de la Bougie). Parmi les différents propriétaires qui se sont succédés, notons qu’il a été occupé par les religieuses de Sainte-Foy-les-Lyon avant son acquisition, en 1990, par la municipalité d’Estrablin et de devenir le « Centre Aéré ». Certains se souviendront encore du petit groupe de sœurs qui, à l’automne, allaient ramasser des châtaignes à Chapulay.

LA PAROISSE D’ESTRABLIN

Les organisations monastiques gèrent le territoire jusqu’à la Révolution. Avant 1650, l’actuelle commune d’ Estrablin est partagée en deux paroisses : celle d’Estrablin dépend du mandement de Beauvoir de Marc, et celle de Gémens relève de Pinet. SITES CULTUELS DE LA PAROISSE D’ESTRABLIN Nous avons développé au paragraphe précédent le passé cultuel de la paroisse de Gémens. Celui de l’ancienne paroisse d’ Estrablin compte une telle profusion de sites ayant un caractère cultuel que nous nous limiterons à les énumérer pour y revenir en détail ultérieurement. Vous y habitez peut-être… vous y passez en vous promenant :

> le temple gallo-romain d’Héus (disparu – restes),

> successivement, les deux églises Saint-Pierre,

> un des lieux important du protestantisme dans la région : la Gabetière,

> des chapelles :- aux Dames (disparue – restes), – de l’abbé Gounon – la chapelle monument funéraire à l’entrée du cimetière, -une nécropole antique et du haut moyen-âge au Tillet (recouverte).

Malgré les siècles qui se sont écoulés, l’histoire de ces lieux nous parvient pour la plupart des sites avec beaucoup de précisions. Des archéologues, de nombreux ouvrages, nous livrent une quantité importante de précisions sur le passé de notre commune. Nous dévoilerons dans de prochains articles l’histoire de ces hommes, des ces lieux qui ont modelé notre village. Les noms de nos hameaux nous rappellent tantôt ces personnes : Gabet, Plantier, Gounon… tantôt l’activité : abbaye, couvent (Dames), grange…

Vous connaissez des lieux riches d’histoire, vous conservez des traces visibles dans vôtre bâti : croix, monogramme du Christ, nécropole, bénitier…..n’hésitez pas à contacter Bernard Torgue (06 09 03 39 18)

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(1) une Villaé: Villa est alors un domaine foncier formé d’un bâtiment résidentiel et de différents bâtiments secondaires

(2) Les guerres de religion ont vu s’affronter catholiques et protestants. Elles ont ensanglanté le pays entre 1562-1598

accès à la cartographie des lieux de culte estrablinois

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