L’organisation de la production laitière du secteur d’Estrablin

Historique raconté par Jean Jullien_Août 2022

Le ramassage du lait
Il y avait plusieurs ramasseurs de lait sur Estrablin :
Jules Baule, il ramassait le lait sur les collines avec son cheval et une remorque et collectait environ 800 litres de lait par jour, ramassés dans des bidons de 50 litres. Ces bidons étaient déposés sur un quai en bordure de la D502 et récupérés par Otto-Bruc de Moidieu-Détourbe. Le lait était conditionné en conteneur et transporté à la gare de Vienne, destination Monaco.
André Jullien ramassait chez Roux, le Badoit et la plaine, en bidons de 30 litres en aluminium. Il livrait directement à la laiterie Bourdin à Echalas (Rhône) pour la fabrication des rigottes.
Rolland Jullien, son fils ; il collectait sur Vienne Nord puis a remplacé son père sur la tournée d’Estrablin lorsqu’il a pris sa retraite.
Côté Rosière, la collecte était faîte par Chapuis et il devait peut-être livré aussi à Echalas. Bonnardel a aussi fait le ramassage sur ce secteur.
Par la suite, différents ramasseurs se sont succédé : Aimé Contamin, Cuaz Perrolier, Maurice Valluy pour Otto-Bruc. A la fin c’est ORLAC qui ramassait le lait.

Les paies
Les paies étaient assurées par les ramasseurs, ils allaient chercher l’argent à la banque. Chaque producteur avait un carnet où la production journalière était notée. Le ramasseur faisait une enveloppe qu’il remettait à chaque producteur.

Le syndicat
Dans les années 60, les producteurs se sont organisés. Sur Estrablin, le délégué laitier était Joannes Rambaud et je pense qu’il était le délégué cantonal. Un syndicat de producteurs s’est mis en place au niveau intercommunal. Le siège était à la mairie de Jardin, le président était René Bon, le père de Gégé. Il y avait au moins deux administrateurs d’Estrablin : Louis Roux et Paul Vincendon. J’avais certains documents que j’ai remis à Jacques Remiller, il devait les déposer à la bibliothèque. Le but de ce syndicat était de discuter le prix avec les transformateurs.

Comment a évolué cette organisation ?
Au bout de quelques années, ce syndicat a été transformé en coopérative de vente à l’URCVL (Union Régionale des Coopératives de Vente de Lait) avec des techniciens qui en assuraient la gestion et discutaient les prix avec les industriels privés ou la coopérative (ORLAC). Elle s’appelait Coopérative la Gère et comprenait les communes d’Estrablin, Jardin, et St Sorlin de Vienne, puis en suite Eyzin-Pinet. Quelques années plus tard, elle fusionnait avec la Cévenne, comprenant Vienne, Seyssuel, Serpaize et Chuzelles. Après cette fusion, nous avions 345 producteurs et les techniciens assuraient la gestion de zone et les relations avec les producteurs. Elle fut présidée par René Bon, et me passa le relais (donc à Jean Jullien), responsabilité que j’ai assurée durant une vingtaine d’années.
_ Il y a eu des périodes compliquées comme la mise en place du froid à la ferme, les fameux tanks à lait ; une démarche qui n’était pas toujours comprise par les producteurs.
_Le ramassage trois fois par semaine.
_Les contraintes sanitaires, etc.

Suite à ces contraintes en tout genre, ce fut l’abandon progressif de la production laitière sur notre secteur. Car sans un équipement très adapté il est très compliqué de vendre du lait de qualité. Il y avait d’ailleurs trois catégories de lait : A, B et C. Entre les catégories A et C il y avait facilement 20 centimes de francs d’écart. Et pour le producteur qui avait obtenu 3 C de suite, le lait n’était plus collecté.
Vers les années 1980, il avait été décidé de ne plus ramasser le lait chez les producteurs qui fournissaient moins de 20 000 litres par an. Je suis alors monté au créneau de façon à ce qu’ils soient encore collectés jusqu’à la prochaine prime de cessation.

Après ces évènements ce fut la chute libre des fermes avec production de lait ; de 345 elles sont passées à 18.

Au début des années 90, la coopérative a fusionné avec une coopérative du Grand Lens. Pierre Drevon de Colombes en a assuré la présidence.

Aujourd’hui en 2022, il n’y a seulement que 3 fermes vendant du lait.

Le passage de l’agriculture de subsistance à l’agriculture économique a été très douloureux pour le monde agricole.

Pour accéder à la cartographie des producteurs de lait d’Estrablin                                

2 commentaires

  1. la carte interactive offre un calque permettant de visualiser les producteurs de lait à Estrablin dans les années 60, certaines localisations sont à peaufiner , merci d’avance pour votre aide dans la localisation

    J’aime

Répondre à estrablinh Annuler la réponse.